Amir Cheikh : « La résistance du peuple iranien a neutralisé la technologie et les équipements de l’ennemi »
Dans un entretien accordé à l’émission spéciale « Manvar » de l’agence de presse de la Défense sacrée, Le général de brigade Alireza Cheikh revient sur les expériences militaires récentes, le rôle des forces armées et de la population, ainsi que sur les trois étapes qu’il considère comme déterminantes dans le renforcement de la puissance militaire iranienne.
Selon le général Alireza Cheikh, la guerre occupe une place particulière dans l’histoire des nations et notamment dans celle de l’Iran. Alors que, dans de nombreuses conceptions, elle constitue un moyen d’imposer sa volonté et sa domination, la doctrine défensive iranienne la présente avant tout comme une résistance face aux ambitions de l’adversaire. Les différentes guerres et confrontations ont ainsi laissé des expériences humaines et militaires diverses, allant de la souffrance et des pertes aux actes de courage, de solidarité et de sacrifice.
Évoquant la guerre récente de quarante jours, le responsable militaire affirme que l’Iran était déjà confronté à une situation de confrontation avant le déclenchement officiel des hostilités. Selon lui, l’offensive initiale, caractérisée par un recours massif aux technologies et aux équipements militaires, a constitué une épreuve majeure. Il considère toutefois que la capacité des forces iraniennes à absorber le premier choc, à se réorganiser rapidement et à répondre immédiatement à l’attaque a représenté l’une de leurs principales réussites.
Du point de vue d’un militaire engagé directement dans les opérations, explique-t-il, la priorité était de maintenir un équilibre des capacités et surtout de pouvoir répondre rapidement aux attaques. Il évoque notamment les personnels présents auprès des lanceurs de drones et de missiles, ainsi que les opérations de surveillance et de riposte. Pour lui, la capacité à stopper l’offensive adverse et à modifier progressivement la dynamique du conflit constitue l’un des principaux succès de la défense iranienne.
Le général Cheikh revient également sur plusieurs actes de bravoure accomplis par des militaires. Il cite notamment le cas de soldats ayant refusé de quitter leur poste malgré la fin officielle de leur service, ainsi que celui de personnels chargés des opérations de drones et de combattants ayant affronté directement les forces adverses dans des conditions particulièrement difficiles. Il estime que nombre de ces épisodes pourraient constituer la matière de films, de récits ou de romans consacrés à la guerre.
Concernant la capitale, Téhéran, il souligne avoir été témoin de nombreuses scènes liées aux frappes, aux destructions et à la présence de la population. Il insiste particulièrement sur l'aide apportée par les citoyens aux secours et sur leur solidarité dans les zones touchées. Selon lui, cette mobilisation populaire constitue un élément essentiel de la capacité des forces armées à faire face à une crise majeure.
Il souligne également la mobilisation immédiate des militaires au début des hostilités. Certains personnels qui se trouvaient en permission auraient rejoint leurs unités dès les premières explosions et plusieurs d'entre eux auraient trouvé la mort dans l'exercice de leur mission. Le général Cheikh rend hommage aux membres des forces terrestres, aériennes, navales et de défense aérienne, ainsi qu'aux unités de drones et aux forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique. Il estime que chacune de ces expériences constitue une partie de l'histoire militaire iranienne qui devra être préservée et racontée aux générations futures.
Sur la manière de transmettre cette mémoire, il appelle les historiens, les narrateurs, les cinéastes et les artistes à revenir sur les événements de la guerre et à en conserver les récits. À ses yeux, ces expériences peuvent permettre à la société iranienne de transformer les épreuves en une nouvelle dynamique et de préserver la mémoire du courage et de la résistance de la population.
Abordant ensuite les rapports de puissance militaire, le général Cheikh affirme que l'Iran, malgré les sanctions et les restrictions auxquelles il est confronté, a été capable de tenir tête à la première puissance militaire mondiale et de mettre à l'épreuve ses capacités. Il présente comme une victoire majeure le fait d'avoir, selon lui, révélé les limites de la puissance technologique et militaire de l'adversaire. À ses yeux, les événements récents ont montré que la technologie et les équipements militaires ne peuvent, à eux seuls, venir à bout de la volonté et de la résistance d'un peuple.
Le responsable militaire présente enfin trois étapes dans l'évolution de la puissance défensive iranienne. La première correspond à la guerre Iran-Irak, qu'il considère comme une phase de reconstruction et de consolidation de l'identité nationale. La deuxième serait liée à la confrontation de douze jours, au cours de laquelle l'Iran aurait remis en question les équilibres de dissuasion. La troisième, correspondant à la guerre de quarante jours, aurait permis, selon lui, de consolider la position militaire de l'Iran au niveau régional et international. Il résume donc cette évolution par trois notions : récupération identitaire, renforcement de la dissuasion et consolidation de la puissance.
Dans sa conclusion, le général Cheikh affirme que la reconnaissance de la puissance iranienne par ses adversaires constitue, selon lui, la principale réussite de la République islamique. Il insiste sur la capacité du peuple iranien à résister à la pression et à refuser la contrainte. Il résume cette conception par l'idée que « la nature même de l'Iranien est de ne pas accepter la force et la contrainte ». Il estime enfin que la coordination entre le champ militaire, la rue et la diplomatie doit constituer trois piliers complémentaires permettant à l'Iran de préserver sa position et de poursuivre ses objectifs.
