Les médias, un instrument efficace au service de la puissance nationale
Hojjat al-Islam et al-Moslemin Hossein Taïeb, chef de l’Organisation de mobilisation des déshérités (Bassidj)
La guerre ne se déroule plus uniquement sur les champs de bataille. Aujourd’hui, le théâtre de confrontation est devenu multidimensionnel et complexe : militaire, diplomatique, économique, sécuritaire, social et, bien sûr, médiatique. Dans de telles circonstances, les médias ne constituent plus un simple « volet complémentaire de la guerre » ; ils sont désormais au cœur même du conflit.

Une image, une information, un récit, voire un silence, peuvent influencer la perception de millions de personnes et modifier la manière dont se forme l’opinion publique. C’est pourquoi l’une des principales réalités du champ de confrontation actuel réside peut-être dans le fait que celui qui parvient à imposer son récit au moment opportun, avec précision et efficacité, joue un rôle déterminant dans la manière dont la société perçoit les événements.
Le journaliste, gardien de la mémoire d’une nation
Dans les guerres et les crises qui secouent la région, de Gaza et de la Palestine au Liban, au Yémen, à l’Irak et à l’Iran, des journalistes se sont efforcés de faire en sorte que ce qui se déroule sur le terrain soit également visible dans les récits diffusés par les médias internationaux.
Lorsqu’une image n’est pas enregistrée, qu’un récit n’est pas rapporté ou qu’une réalité n’est pas racontée au moment opportun, le champ narratif est laissé à ceux qui sont en mesure de reconstruire les faits selon leur propre vision.
C’est pourquoi la guerre contemporaine se joue simultanément sur plusieurs fronts : le front militaire, le front diplomatique, le front économique et le front narratif.
De « l’information » au « sens »
Dans la société contemporaine, les médias ne se limitent pas à transmettre des informations. Ils jouent également un rôle dans la construction d’une société efficace, consciente et capable de progresser.
La notion coranique de « qawl sadid » renvoie à une parole ferme, juste et responsable ; une parole capable à la fois de repousser les menaces et de donner à la société davantage de profondeur, de conscience et de capacité d’action.
C’est ici que se révèle la différence entre la simple transmission de l’information et la construction responsable d’un récit. L’information indique ce qui s’est produit ; le récit, lui, pose d’autres questions : pourquoi cet événement est-il important ? Quel sens revêt-il ? Quelle leçon la société peut-elle en tirer ? Et quel rôle les citoyens doivent-ils jouer face à cet événement ?
Les médias ne peuvent véritablement accomplir leur mission que lorsqu’ils passent de « l’information » au « sens » : découvrir la réalité, la raconter avec justesse, aider la société à la comprendre et déterminer leur propre rapport à cette réalité.
C’est à ce stade que les médias cessent d’être de simples outils d’information pour devenir l’un des instruments de production de la puissance nationale.
Une guerre dont l’issue ne se joue pas uniquement sur le champ militaire
Les conflits récents ont montré que la guerre ne se résume plus à une confrontation militaire. Les plans et les calculs de l’adversaire englobent désormais tout un ensemble de pressions politiques, sécuritaires, économiques, médiatiques et sociales.
Dans de telles circonstances, la capacité militaire n’est pas le seul facteur déterminant de l’échec des plans de l’adversaire. La cohésion sociale, la résistance de la population, l’action des forces armées ainsi que la coordination entre le terrain, la diplomatie et les médias jouent également un rôle décisif dans l’issue du conflit.
De ce point de vue, la coordination entre les médias, la rue, le terrain et la diplomatie revêt une importance particulière. Une telle coordination peut empêcher que le récit de la guerre, et même le cours des négociations, ne s’éloignent des objectifs et des intérêts nationaux.
La puissance militaire ne peut être durable sans puissance sociale, tandis que la puissance diplomatique, privée de soutien social et médiatique, ne peut mobiliser pleinement toutes ses capacités.
L’après-guerre : le moment où commence le récit de la victoire
Une guerre peut prendre fin sur le champ militaire, mais ses conséquences continuent de se faire sentir dans les esprits, l’économie, la politique et les médias.
L’après-guerre ne constitue pas la fin du récit ; il marque au contraire le début d’une nouvelle étape de celui-ci.
La société doit savoir ce qui s’est passé, quels sacrifices ont été consentis, quels acquis ont été obtenus, quelles faiblesses ont été révélées et, surtout, quelles leçons doivent être tirées de cette expérience pour l’avenir.
Un média qui se contente d’annoncer la fin de la guerre n’accomplit qu’une partie de sa mission. En revanche, un média capable de transformer l’expérience de la guerre en connaissance, en confiance, en espoir, en cohésion et en puissance sociale joue un rôle qui dépasse largement la simple transmission de l’information.
L’après-guerre est un espace consacré à l’explication, à l’analyse et à la construction de l’avenir. Si les réalités de cette période ne sont pas correctement racontées, des récits incomplets, déformés ou porteurs de découragement risquent de se substituer à la réalité.
Le champ de confrontation actuel ne se limite pas à la guerre
Si la guerre contemporaine est multidimensionnelle, la réponse qui lui est apportée ne peut pas non plus se limiter aux frontières.
Dans l’après-guerre, les médias ne sont pas seulement chargés de « raconter la victoire ». Ils peuvent également contribuer à produire de la confiance, de l’espoir, de la cohésion et de la puissance nationale.
Mais à côté du champ de bataille et du champ narratif, il existe un autre espace essentiel : le champ de la vie quotidienne.
La sécurité nationale ne se construit pas uniquement aux frontières. Une partie de la sécurité du pays se construit dans les foyers, les usines, les exploitations agricoles, les marchés et dans les comportements quotidiens de la population.
Dans cette perspective, la lutte contre la contrebande et la promotion d’une culture de la sobriété dans la consommation doivent compter parmi les priorités de la société. L’eau, l’électricité, le gaz, l’essence et le gazole ne sont pas de simples biens de consommation ; ils constituent une partie du capital et des infrastructures nationales.
Lorsque les ressources sont limitées et que le pays est confronté à un déséquilibre énergétique, la réforme des modes de consommation ne relève plus seulement d’une recommandation morale. La sobriété est à la fois un comportement économique et un acte de responsabilité nationale.
De même, la lutte contre la contrebande ne constitue pas uniquement une mesure économique ou policière ; elle participe à la préservation des ressources, de la production, de l’emploi et de la sécurité économique du pays.
Chaque Iranien : un rempart de la puissance nationale
Dans ce contexte, le rôle de la population évolue lui aussi.
Tout le monde n’est pas appelé à devenir journaliste. Tout le monde n’est pas destiné à servir sur le champ militaire. Tous ne sont pas diplomates. Mais chacun peut contribuer à la construction de la puissance nationale.
Un journaliste qui rapporte les faits avec justesse, un enseignant qui forme une génération responsable, un agriculteur qui gère rationnellement les ressources en eau, un producteur qui améliore sa productivité, une famille qui modifie ses habitudes de consommation, une institution qui lutte contre la contrebande et un citoyen qui soutient la production nationale contribuent, chacun à leur manière, à renforcer la puissance du pays.
La puissance nationale ne résulte pas uniquement de grandes décisions ou d’actions d’envergure. Elle est aussi la somme de millions de comportements modestes mais continus.
Lorsque chaque Iranien comprend que ses comportements quotidiens peuvent contribuer à renforcer ou, au contraire, à affaiblir son pays, la participation à la sécurité et à la puissance nationales cesse d’être une notion abstraite pour devenir une responsabilité concrète.
Les médias : une véritable fabrique de puissance nationale
Si les médias se trouvent désormais au cœur de la guerre, leur mission ne peut plus être réduite à la « production de contenus ».
Les médias doivent être capables de découvrir la réalité, de rapporter la vérité, de révéler les déformations, de réduire les incertitudes, d’instaurer la confiance, de susciter un espoir réaliste, de transformer les expériences en connaissances et de préparer la société à jouer son rôle.
Cela signifie passer de « l’information » au « récit », puis du récit à « l’action collective ».
Un média qui se contente de produire des informations ne transmet qu’une partie de la réalité. En revanche, un média capable de créer un lien entre réalité, analyse, confiance et action sociale devient l’une des infrastructures de la puissance nationale.
Le principal champ de confrontation aujourd’hui est peut-être l’esprit humain.
Sur le terrain militaire, c’est la capacité de dissuasion qui compte ; sur le terrain diplomatique, la capacité de négociation ; dans le domaine économique, la capacité de production ; dans le secteur énergétique, l’efficacité dans l’utilisation des ressources ; et dans le champ médiatique, la capacité à imposer et à structurer un récit.
Mais toutes ces formes de puissance convergent finalement vers un même point : la confiance de la population.
Si la société est informée, comprend les événements, est capable de les analyser et a le sentiment de participer au destin de son pays, alors la puissance nationale s’en trouve renforcée.
Qui écrira le récit de l’avenir ?
Une question fondamentale se pose à nous : si nous ne racontons pas notre propre réalité, qui la racontera ?
Si nous ne rapportons pas à temps et avec justesse ce qui se passe sur le terrain, d’autres imposeront leur propre récit. Si nous n’expliquons pas nos acquis, d’autres chercheront à les nier. Si nous refusons de regarder honnêtement nos faiblesses, nous perdrons la possibilité de les corriger. Et si nous ne parvenons pas à susciter un espoir réel, nous abandonnerons le terrain aux récits porteurs de découragement.
La mission des médias aujourd’hui ne consiste donc pas seulement à dire ce qui s’est passé. Leur responsabilité première est d’aider la société à comprendre ce qui s’est produit, pourquoi cela s’est produit, ce que nous en avons appris et ce que nous devons désormais faire.
Les médias doivent assumer simultanément trois responsabilités : ne pas déformer la réalité, raconter la vérité au moment opportun et préparer la société à l’avenir.
Peut-être que les guerres de demain ne seront pas façonnées uniquement par les missiles, l’économie et la diplomatie, mais aussi par les récits qui s’inscrivent durablement dans la mémoire des peuples.
C’est précisément à ce moment qu’un journaliste peut aller au-delà de son simple métier et devenir un bâtisseur de la mémoire, du sens et de la puissance d’une nation.
La guerre des récits se poursuit. Mais l’avenir appartient à ceux qui savent transformer un récit juste en dynamique collective.
