Le général de brigade Abdessalam Soufyan : « L’armée yéménite fait la distinction entre le peuple pakistanais, musulman et combattant, et ses dirigeants politiques »
Le général de brigade Abdessalam Soufyan, directeur adjoint du bureau technique du ministère yéménite de la Défense, a averti que toute présence de militaires pakistanais dans les bases de l’ennemi au Yémen serait considérée comme une agression et entraînerait une riposte comparable à celle opposée aux forces saoudiennes. Il a également souligné que le Yémen développait ses capacités militaires en tirant parti de l’expérience iranienne. Rejetant les accusations selon lesquelles Sanaa menacerait les lieux saints de l’islam, il les a qualifiées de « plus grand mensonge » visant le pays. Il a enfin reconnu ouvertement l’existence d’une coopération militaire avec la République islamique d’Iran, qu’il présente comme fondée sur des liens fraternels et sur la lutte contre des projets communs israélo-américains.
Toute présence militaire pakistanaise serait considérée comme une agression
Dans un entretien accordé au correspondant international de Defa Press, le général de brigade Abdessalam Soufyan, directeur adjoint du bureau technique du ministère yéménite de la Défense, s’est exprimé sur la situation militaire au Yémen et la présence de forces étrangères.
« Nous considérons toute présence de militaires pakistanais dans les casernes et les installations de l’ennemi sur le territoire yéménite comme une agression directe. Nous les traiterons sans hésitation comme les criminels saoudiens », a-t-il déclaré.
Il a ensuite remis en question l’efficacité d’une éventuelle intervention pakistanaise : « Les systèmes de défense aérienne les plus avancés au monde, comme le THAAD et le Patriot, n’ont pas réussi à garantir la sécurité de l’Arabie saoudite. Quel changement la présence de quelques conseillers ou de systèmes pakistanais pourrait-elle apporter à cet équilibre ? »
Soufyan a toutefois tenu à distinguer la population pakistanaise de ses dirigeants politiques. « Nous faisons une distinction entre le peuple pakistanais, musulman et engagé dans le combat, et certains de ses responsables politiques. Mais nous lançons un avertissement sérieux contre toute intervention militaire. »
Le développement des capacités militaires grâce à l’expérience iranienne
Évoquant le développement de l’industrie militaire yéménite, le responsable a affirmé que le pays aurait été écrasé par la guerre et le blocus s’il n’avait pas renforcé ses capacités de production et modernisé ses armements au cours des dernières années.
« Nous avons réalisé des progrès considérables. Oui, nous avons tiré parti de l’expérience iranienne, avec des échanges technologiques et des transferts de connaissances. C’est tout à fait naturel », a-t-il déclaré.
Il a dénoncé ce qu’il considère comme un traitement inégal de la coopération militaire dans la région : « Pourquoi le régime saoudien aurait-il le droit d’acheter pour des centaines de milliards de dollars d’armes aux États-Unis, à la France et au Royaume-Uni, tout en ouvrant ses portes aux pays occidentaux et à leurs experts, alors que notre coopération avec un pays musulman et frère serait interdite ? »
Sanaa revendique ouvertement sa coopération avec Téhéran
Interrogé sur les relations entre Sanaa et Téhéran, Soufyan a affirmé que la coopération avec la République islamique d’Iran n’était ni un secret ni un sujet de honte pour les autorités yéménites.
« L’Iran est un pays musulman, et nous sommes fiers de nos relations fraternelles, fondées sur le principe coranique de l’entraide dans la vertu et la piété », a-t-il déclaré.
Il a décrit cette relation comme une coopération et une coordination face aux dangers qui menaceraient l’ensemble de la communauté musulmane. Selon lui, un projet israélo-américain commun serait actuellement à l’œuvre pour placer la région sous la domination du sionisme et la réorganiser au profit d’Israël.
Rejetant les accusations de dépendance à l’égard de l’Iran, le responsable yéménite a estimé que les termes de « mercenaire » ou de « dépendant de l’Iran » étaient des accusations récurrentes utilisées par les régimes autoritaires et relayées par la coalition opposée au Yémen.
« Nous sommes un mouvement yéménite authentique, qui représente l’identité historique et profondément enracinée du peuple yéménite ainsi que l’islam authentique du Prophète Mohammad », a-t-il affirmé.
Le rejet de la tutelle saoudienne et les conséquences de la guerre
Soufyan a déclaré que l’Arabie saoudite avait longtemps considéré le Yémen comme son arrière-cour et cherché à affaiblir le pays, à provoquer son effondrement et à alimenter les conflits internes afin de lui retirer son indépendance.
Selon lui, la révolution du 21 septembre a marqué la volonté du peuple yéménite de reprendre en main son propre destin. Il a affirmé que Riyad avait alors constitué une coalition de 17 pays pour imposer sa volonté, mais que les Yéménites avaient refusé de se soumettre à une tutelle étrangère.
Le responsable a également établi un parallèle entre les conséquences de la guerre au Yémen et la situation à Gaza et à Rafah. Il a accusé la coalition dirigée par l’Arabie saoudite d’avoir provoqué des catastrophes humanitaires par la famine, le blocus et la mort de centaines de milliers de personnes. Selon lui, ces souffrances présentent des similitudes avec celles que les Palestiniens subissent aujourd’hui à Gaza et à Rafah du fait des opérations israéliennes.
Sanaa rejette les accusations visant les lieux saints de l’islam
Au début de l’entretien, Soufyan a fermement rejeté les accusations selon lesquelles le Yémen aurait menacé les deux lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine.
« L’affirmation selon laquelle nous aurions pris pour cible les deux lieux saints est l’un des plus grands mensonges fabriqués contre le Yémen », a-t-il déclaré.
Il a cité une parole attribuée au prophète Mohammad : « La foi est yéménite et la sagesse est yéménite. » Il a également rappelé le rôle historique du Yémen dans la défense de l’islam et celui des Ansar, les habitants de Médine qui accueillirent le Prophète et le soutinrent à ses débuts.
« Un peuple qui a joué un tel rôle ne peut en aucun cas représenter une menace pour les lieux saints. Au contraire, nous considérons qu’il est de notre devoir de les protéger, au prix de la vie et du sang de nos enfants et avec tous les moyens dont nous disposons », a-t-il affirmé.
Le responsable a qualifié les accusations de menace contre les lieux saints de campagne médiatique et a insisté sur la nécessité de distinguer les sanctuaires religieux des décisions politiques prises à Riyad.
Il a enfin réaffirmé que la présence de forces militaires étrangères au Yémen ou en Arabie saoudite constituait une ligne rouge pour Sanaa, tout en assumant publiquement l’existence d’une coopération de défense avec la République islamique d’Iran.
